Reportage : les Affaires Maritimes

Les Affaires Maritimes

Cet été, lors de notre trip à Plougrescant, nous avions eu l’occasion d’être contrôlés par les Affaires Maritimes en sortie de l’estuaire du Jaudy. Un contrôle sur notre pêche qui s’était rapidement transformé en grande discussion autour de la pêche en kayak avec deux agents très sympas. L’idée nous est alors venue de faire un petit reportage sur leur boulot via Fishalaffiche. Pour ça, rien de compliqué puisque Gilles, l’un des agents est un furieux de pêche aux leurres qui suit régulièrement notre blog. Nous avions d’ailleurs fait connaissance il y a quelques années lors d’un contrôle sur Bréhat  et je n’ai pas eu de difficultés à le recontacter !

La date est fixée durant les grandes marées d’Octobre avec pour mission le contrôle des pêches aux alentours de Paimpol. Stephane m’accompagnera sur cette journée pour prendre quelques photos.

Au Quartier des Affaires Maritimes

Le rendez-vous est donné à Paimpol. Nous rejoignons Gilles et son collègue Lenaïg avec qui nous allons passer la journée. Après les présentations, ils nous expliquent que l’Unité Littorale des Affaires Maritimes (ULAM) est une unité à compétence départementale ; en plus des  agents de contrôle et de surveillance, il y a aussi ceux de l’unité marins-navires, ceux du CSN (centres de sécurité des navires), et le médecin/infirmier des gens de mer.

Le bureau des Affaires Maritimes de Paimpol
Le bureau des Affaires Maritimes de Paimpol

Les Affaires Maritimes dépendent du Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie. Elles assurent la sécurité et la sûreté maritimes, et leurs missions principales sont :

 

  • la police de la pêche maritime  : les agents du DCS participent à la mise en œuvre des objectifs de contrôle de la pêche professionnelle fixés dans le respect de nos engagements communautaires, y compris dans le périmètre des aires marines protégées. La pêche maritime de loisir, sportive et récréative, est également contrôlée afin de maintenir les équilibres environnementaux et garantir sa durabilité ;

  • les autres polices spéciales de l’environnement : dans la limite de leurs prérogatives, les agents du DCS interviennent dans les matières pour lesquelles ils sont habilités par le code de l’environnement à savoir les pollutions par les navires, le déversement de substances nuisibles dans les eaux de la mer, la pollution par les opérations d’immersion, la pollution par incinération en mer, les déchets, la protection des espaces protégées et de la faune et de la flore situés sur le domaine public maritime et les infractions à la chasse maritime ;

  • la police de la navigation maritime : elle comprend la police de la circulation (au sens du respect du règlement international pour prévenir les abordages, des zones de protection particulière instituées par décret ou par arrêté, des arrêtés du préfet maritime etc.) et la police du pavillon (au sens de la police de l’immatriculation et du titre de navigation) ;

  • la police du domaine public maritime : les agents du DCS et des services locaux assurent le contrôle de l’occupation du domaine public maritime. Ils peuvent prêter leur concours en cas de découverte d’épave portant atteinte à la navigation ou à l’environnement.

  • Les centres de sécurité des navires : ils sont au nombre de 15 répartis, de Dunkerque à Marseille, tout au long du littoral.

    Ce sont des services spécialisés qui traitent, sous la direction du chef de centre, l’ensemble des problèmes de sécurité des navires.

    Ils sont les interlocuteurs privilégiés des armateurs, des chantiers de construction navale, des professionnels la mer, ou des plaisanciers en cette matière.

    Outre les agents des centres de sécurité des navires, les inspecteurs qui visitent les navires dans le cadre habituel du renouvellement des titres de sécurité (c’est-à-dire du permis de navigation pour la grande majorité des petits navires) proviennent également des directions départementales des affaires maritimes, et en particulier des unités du littoral des affaires maritimes (ULAM).

 

(SOURCE : Site du Ministère de l’Ecologie )

Pour le type de mission qui nous intéresse aujourd’hui (contrôle et surveillance) , l’ULAM dispose de moyens nautiques (vedettes, semi-rigides) mais aussi terrestres (voitures, utilitaires, 4*4). C’est la seconde option qui sera adoptée pour cette journée ! (mais on aurait quand même bien voulu aller faire un tour sur leur semi-rigide…)

Le bateau des Affaires maritimes
Le bateau des Affaires maritimes : belle unité !

Les agents fonctionnent généralement par binôme de jour comme de nuit. Aujourd’hui, nous ferons du terrestre de jour mais les autres binômes seront sur l’eau et dans les airs, l’avion étant de sortie pour contrôler principalement la pêche professionnelle des coquilles St-Jacques…

Premiers contrôles

Après de rapides présentations, nous voilà sur la route. Les deux agents connaissent du bout des doigts leur secteur. Nous nous arrêtons à de nombreuses reprises pour observer aux jumelles la cote, cela pour repérer les éventuels contrevenants, à pied, en bateau ou en plongée, et  les risque d’accidents, imprudences…

Gilles surveille aux jumelles les pêcheurs
Gilles surveille aux jumelles les pêcheurs

Le temps est correct, le cadre magnifique, nous sommes proches de la marée basse mais finalement, il y a relativement peu de monde sur l’eau. C’est la première journée de grandes marées et le coefficient dépasse tout juste les 100. La grosse vague de pêcheurs arrivera certainement les jours suivants.

Malgré tout, les premiers contrôles débutent. Des pêches variées : du bouquet, des huitres, des praires, des palourdes, quelques coquilles et parfois mêmes homards et ormeaux. Principalement des pêcheurs à pied mais aussi des plongeurs. Certains sont très fiers de nous montrer leur pêche comme ce papy qui a dans son panier deux magnifiques homards et quelques ormeaux bien maillés ou encore ce plongeur qui nous montre un magnifique mulet pris dans son « petit coin de paradis ».

Ce plongeur a coupé la queue de son mulet : ce n'est pas obligatoire pour cette espèce.
Ce plongeur a coupé la queue de son mulet : ce n’est pas obligatoire pour cette espèce.

Malgré tout, sur une bonne vingtaine de contrôles, deux Procès Verbaux seront rédigés. A chaque fois des pêches d’ormeaux non réglementaires : 15 non-maillés sur les 15 pêchés pour le premier et 8 sur 12 pour le second. L’Unité Littorale des Affaires Maritimes est habilitée a rédiger des Procès-Verbaux : en aucun cas, ces deux plaisanciers ne sont rentrés chez eux avec une amende. Les procès-verbaux sont ensuite transmis aux supérieurs de Gilles et Lenaïg qui proposeront une sanction qui sera ensuite validée par le procureur de la République.
Pour information, une maille ou un quota non respecté est un délit ! Les sanctions peuvent alors être très lourdes…

Des panneaux et des piges

Afin de sensibiliser les pêcheurs de la règlementation, Le comité départemental des pêcheurs plaisanciers des Côtes d’Armor a d’ailleurs mis sur toutes les plages des panneaux concernant la règlementation de la pêche à pied.

Des panneaux rappelant les grandes lignes de la règlementation sont disposés tout au long du littoral
Des panneaux rappelant les grandes lignes de la règlementation sont disposés tout au long du littoral

Gilles et Lenaïg, ont eux aussi régulièrement donné tout au long de la journée des piges crées par l’association Vivarmor Nature. Un outil très bien conçu et facile d’utilisation que tout pêcheur à pieds devrait avoir dans sa poche pour mesurer ses prises.

La pige distribuée par l' ULAM pour aider les pêcheurs à respecter la règlementation
La pige distribuée par l’ ULAM pour aider les pêcheurs à respecter la règlementation

En dehors de ces informations locales, le gouvernement a mis en place un système  déclaratif volontaire sur la pêche de loisirs : Avant de pratiquer votre loisir favori (pêche à pied, du bord, embarquée ou sous marine, vous pouvez lire la charte du pêcheur éco-responsable. Puis vous avez la possibilité de déclarer votre activité : Cette déclaration volontaire et gratuite permettra à chaque pratiquant de recevoir une information sur la réglementation nationale en vigueur et les sanctions potentielles en cas d’infraction, la sécurité et les bonnes pratiques, comprises comme celles qui assurent la pérennité des ressources et des écosystèmes marins et littoraux. En se déclarant, le pêcheur de loisir s’engagera à respecter ces bonnes pratiques. Pour en savoir plus : http://www.developpement-durable.gouv.fr/Declarez-pechez.html

Contrôles à la cale

Après tous ces contrôles au bord de l’eau, nous voilà partis sur une cale de mise à l’eau bien connue dans le Trieux. Nous contrôlons rapidement plusieurs bateaux qui sortent de l’eau. Encore une fois, nous avons à faire à des pêcheurs et plongeurs qui connaissent parfaitement la règlementation et qui nous présentent de jolies pêches de coquilles, bars et homards. La discussion est engagée et nous passons un agréable moment où les agents répondent aux questions des plaisanciers.

Toutes les coquilles sont à la bonne taille, le contrôle est OK !
Toutes les coquilles sont à la bonne taille, le contrôle est OK !

Fin d’après-midi, Il est l’heure de rentrer. Nous sommes invités à prendre un café pour cloturer cette excellente journée. Nous rencontrons les autres équipes qui étaient sur le terrain : une autre équipe terrestre qui a majoritairement contrôlé les plongeurs sur Erquy et un autre binôme qui était dans les airs pour surveiller les pêcheurs professionnels.

Une journée instructive

Personnellement, j’ai toujours trouvé le contact très agréable avec les plaisanciers. Seule une des deux personnes en infraction a eu du mal à accepter ce contrôle. Pour lui la mer doit rester un espace de liberté où, en gros, chacun fait ce qu’il veut… Drôle de mentalité ! C’est certainement cette même personne qui faisait des cartons de poissons dans le passé et qui râle maintenant car le poisson est rare…

Un bémol cependant, j’ai vraiment du mal à accepter que pour la moindre infraction,  nous sommes tout de suite dans un délit. Pour une coquille non-maillée, ça fait un peu penser à du grand banditisme ! C’est d’ailleurs le souci qu’ont les agents puisqu’ils sont censés réprimander à chaque infraction. Un outil comme les timbres amendes serait à mon humble avis beaucoup plus fonctionnel (un PV demande 10 bonnes minutes de rédaction) et probablement plus adapté aux différentes infractions.

Heureusement, le côté pédagogue de Gilles et Lénaïg incite plus à informer les gens de la réglementation et à leur rappeler les sanctions encourues que de les sanctionner directement.

Il y a encore des grandes marées à venir, n’hésitez pas à (re)lire notre article sur la réglementation

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Article by Edouard

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