Pétardement d’obus : quel impact sur l’environnement ?

En novembre dernier, quatre obus ont été découverts par des plongeurs sous le pont de Lezardrieux. A la suite de cette découverte, des plongeurs-démineurs se sont déplacés afin d’effectuer une recherche sous l’ensemble du pont. En effet, une des habitudes d’après guerre était de se séparer de ces “reliques” dans les ports, les puits ou même par dessus les ponts comme ici à Lézardrieux ! Une opération de neutralisation a ensuite été programmée par le Groupement des Plongeurs-Démineurs de l’Atlantique.  Après l’opération de pétardage, quelles pourraient être les conséquences sur l’environnement ?

Une opération dangereuse

Cette opération difficile  a eu lieu mercredi 6 janvier au matin. Les obus datant de la deuxieme guerre renfermaient l’équivalent de 50 kg de TNT. La charge et la tête de munition étant encore connectés, les obus étaient amorcés ; la dégradation des engins par l’eau de mer a rendu l’opération encore plus risquée.

L'endroit où ont été trouvés les obus (photo Marine Nationale)
L’endroit où ont été trouvés les obus (photo Marine Nationale)

Les démineurs ont donc d’abord relevé puis remorqué les obus sous l’eau (grâce à un ballon gonflé d’air appelé “vache”) jusqu’au point de neutralisation, situé à 1200 m en amont du pont. Cela a permis d’éloigner le plus possible les engins des habitations et du pont.

Déplacement des charges (photo Marine Nationale)
Déplacement des charges (photo Marine Nationale)

Pendant les opérations, un périmètre de sécurité de 1500 m autour du point de neutralisation a été observé. Toutes les activités (professionnelles, maritimes et de loisirs) ont été arrêtées ; le pont a été fermé à la circulation, mais uniquement pendant la phase de déplacement soit 35 minutes. Les accès étaient fermés et surveillés par la Gendarmerie.

De gros moyens ont été mis en oeuvre pour sécuriser la zone :  démineurs, Groupement de gendarmerie des Côtes d’Armor, Brigade nautique côtière de Lézardrieux, Groupement de la gendarmerie maritime de l’Atlantique, polices municipales de Lézardieux et Paimpol, Service départemental d’Incendie et de Secours (centres de Lézardrieux et Paimpol) et SNSM

Pétardement

Afin de neutraliser les obus, les démineurs ont procédé à leur pétardement. : une petite charge explosive a été attachée aux engins. De la rive, le Maître Principal Vincent H. (du Groupement des Plongeurs-Démineurs de l’Atlantique) a lancé le compte à rebours.

Le lieu de l'explosion (photo Marine Nationale)
Le lieu de l’explosion (photo Marine Nationale)

Il y a eu deux explosions afin de limiter au maximum l’impact sur l’environnement. Vues du bord, ces explosions ne paraissent pas impressionnantes. En réalité, de tels engins restent très dangereux !¹

(sources : La presse d’Armor & Groupement des Plongeurs-Démineurs de l’Atlantique)

D’autres photos en cliquant ici

Des conséquences pour l’environnement ?

L’explosion de ce type d’engins de guerre provoque d’une part une onde de choc (effet immédiat), et la diffusion dans l’environnement de résidus chimiques venant des matériaux explosifs ou des contenants de ces matériaux (effet a posteriori).

1 – L’onde de choc :

Elle provoque une surpression temporaire appelée “pic de pression maximum” ou P.M. C’est la pression au dessus du niveau de pression  ambiante causée par l’onde de choc. Cette onde de choc sous-marine provoque des désordres dans les milieu sous-marin à proximité immédiate ; cependant, les perturbations engendrées par les surpressions et les vibrations restent limitées à la surface d’impact.

La faune aquatique est  sensible aux ondes de choc sous-marines. En fonction des espèces, la surpression létale varie environ de 2,76 à 4,83 bars. […] La vessie natatoire du poisson peut être soumise à des désordres à partir d’une surpression instantanée de plus de 1 bar. Les principaux organes touchés chez un poisson sont la vessie natatoire, la rate, le foie, le rein et le sinus veineux. Les œufs de poisson et les larves peuvent également être détruits par l’onde de choc.[…] A l’inverse, les mollusques et crustacés semblent résister bien mieux à ce type d’exposition. (source : CERES)

Vidéo d’une explosion sous l’eau :

Voir la vidéo sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=M5gHFJyMQ6o

2 – La turbidité de l’eau :

Elle est aussi modifiée par les matières en suspension suite à l’explosion (matières soulevées du fond dans le cas présent). Cependant dans le Trieux, compte-tenu des courants et de la nature du fond (gravier-sable), cette turbidité est temporaire (suivant la force du courant,  sur une durée de quelques minute à quelques heures). Elle ne devrait pas avoir de conséquences à long terme sur le milieu.

3 – Les effets chimiques :

Toutes les munitions de guerre contiennent des composants ou des agents toxiques et / ou polluants. Des munitions dites “vertes” ou “non polluantes”  ont été  conçues à partir de la fin du XXème siècle, mais elles ne sont utilisées que très marginalement (moins de 0.1% du total en service) et elles contiennent encore très souvent une proportion de composants toxiques .

Les munitions militaires sont conçues pour une utilisation tactique par des forces armées et, pour ce faire, répondent à des caractéristiques et des matériaux très précis. Ces munitions peuvent générer des risques pour la sécurité et la santé publique ainsi que sur l’environnement. Leur utilisation et leur stockage peuvent être source de pollution chimique des sols, des nappes phréatiques, de la chaîne alimentaire, etc.

Les restes explosifs de guerre (REG) abandonnés sur les champs de bataille ou dans des dépôts contrôlés ou pas, apportent les mêmes risques potentiels qui seront d’autant plus important que le délai d’abandon et de contact avec le sol durera dans le temps.

Cela nécessite de dépolluer/déminer le plus tôt possible. ( source : https://sites.google.com/site/tpeexplosifsmilitaires/)

Le composant le plus courant dans les restes d’explosifs de guerre est le plomb. Cependant, l’impact environnemental de l’explosion des obus devrait être négligeable par rapport à la pollution industrielle et humaine :

La concentration naturelle du plomb est de 0.015 mg/l dans l’eau de mer. L’origine de la pollution due à des émissions provenant des activités humaines est diverse. Essentiellement, elle a pour origine les fonderies de la métallurgie et les incinérateurs d’ordures. Puis viennent les peintures réalisées avec des composés de sulfates et de plomb basique, certains insecticides et le gainage en alliage de plomb qui polluent également le milieu.Toutes émissions confondues la décharge totale de plomb dans l’eau est de 3.8 millions de kg. (source : PolMar)

Le plomb entre dans la chaîne alimentaire via les algues, mais les dépôts dûs aux explosions des obus dans le Trieux n’augmentera que de façon négligeable la quantité “habituelle” de pollution aux métaux lourds à cet endroit. (la qualité de l’eau du Trieux est depuis longtemps une source d’inquiétude, surtout par rapport aux nitrates ; lire à ce sujet le chapitre 8 de ce document : http://educatif.eau-et-rivieres.asso.fr/pdf/trieux.pdf)

Exemple d'obus non explosés (image d'illustration, source :« WWI shells » par historicair 01:22, 15 September 2007 (UTC) — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons - https://commons.wikimedia.org/wiki/File:WWI_shells.JPG#/media/File:WWI_shells.JPG)
Exemple d’obus non explosés (image d’illustration, source :« WWI shells » par historicair )

D’autre part, les nombre très important d’épaves de guerre et dépôts de munitions sous-marins près de nos côtes devrait nous inviter à nous interroger sur la présence de plomb à proximité. Cela n’empêche pas a priori la faune et la flore de se développer. Il est intéressant de se demander dans quelle mesure la concentration de métaux lourds dans les poissons vivant dans ces “recifs” artificiels est dangereuse pour la consommation humaine… Lire à ce sujet : La mer, dépotoir pour obus et bombes

Les déchets de guerre dans l'environnement (source : Robins des Bois)
Les déchets de guerre connus dans l’environnement, hors épaves

4 – Autres polluants chimiques

D’autres polluants chimiques et métaux lourds sont présents dans les explosifs. . Cadmium, arsenic, aluminium, mercure… autant de dangers pour la santé et l’environnement ! La détérioration naturelle des restes d’armes et explosifs de guerre nous expose directement et indirectement à ces polluants, lorsqu’ils sont en quantité importante. Pour les quatre obus détruits, la quantité libérée est infime.

Et la pêche ?

Autre source d’inquiétude : quelle effet immédiat ou à long terme l’explosion des charges aura-t-elle sur la pêche dans le Trieux ?

En l’absence d’études sur le sujet, je me contenterai d’un avis personnel et qui n’engage que moi :

  • Le dérangement occasionné par la préparation de l’opération (bruit, plongeurs…) devrait avoir fait fuir la majorité de la faune présente sur les lieux.
  • A cet endroit du Trieux (au milieu du chenal), il n’y a pas de zone de frai ou d’habitat de poissons
  • A part quelque poisson de passage, ou du fourrage, la zone devait donc être “dégagée”
  • Les quantités de toxiques et métaux lourds sont négligeables

Il ne devrait donc pas y avoir de conséquence sur l’activité de pêche. Si l’explosion a tué des poissons, compte-tenu de la saison et de la surface d’impact (quelques mètres), cela se limitera à quelques individus. A long terme (quelques mois), la zone sera “reposée” et repeuplée. La pollution engendrée est très faible en regard de la pollution habituelle aux métaux lourds.

De plus les engins ayant été pulvérisés, il ne devrait rester qu’une quantité infime d’éléments toxiques, ceux-ci ayant été brûlés et dégradés par l’explosion. Et ce “reste” se diluera dans le courant, très fort à cet endroit.

¹RAPPEL DE SECURITE : 

Les munitions restent dangereuses et tuent chaque année (rappelez vous Groix) (http://www.ouest-france.fr/societe/faits-divers/drame-un-mort-et-plusieurs-blesses-dans-une-explosion-groix-2806516).

Selon le centre interdépartemental de déminage de Colmar, sur le milliard et demi de munitions tirées pendant la Première Guerre mondiale, 20% n’auraient pas encore explosé.

En cas de découverte d’engins, prenez la position GPS (téléphone portable ou GPS portable) et/ou marquez l’endroit de découverte (balisage) ;
Idéalement, prenez une photo et jaugez les dimensions sans jamais toucher ou déplacer la munition….

Interdisez à quiconque d’y toucher, en cas d’accident votre responsabilité pourrait être engagée. Restez discret pour éviter d’attirer les curieux.

Pour la signaler aux autorités :

– si l’engin est en mer ou sur la plage (estran), prévenez le sémaphore le plus proche (traitement par les plongeurs démineurs de la marine Nationale),

– si l’engin est sur la terre, prévenez la gendarmerie ou police (traitement par les démineurs de la sécurité civile).

 

Si découverte sur le domaine maritime (engin touché par la mer, jusqu’à la laisse de mer) :
– le CROSS de la région (voir coordonnées plus bas)
– la Gendarmerie la plus proche du lieu de découverte
– le 17 si vous habitez près du lieu de la découverte (sinon ce n’est pas la peine)
– la Préfecture du lieu de la découverte
– la Mairie du lieu de la découverte

Si découverte : sur le domaine terrestre :
– la Gendarmerie la plus proche du lieu de découverte
– le 17 si vous habitez près du lieu de la découverte (sinon ce n’est pas la peine)
– la Préfecture du lieu de la découverte
– la Mairie du lieu de la découverte

Les coordonnées des CROSS et leurs rayons d’actions :

CROSS GRIS-NEZ – Manche Est – Pas de Calais
De la frontière belge au cap d’Antifer.
Audinghen, 62179 WISSANT.
Tél : 03.21.87.21.87

CROSS JOBOURG – Manche centrale
Du cap d’Antifer au Mont Saint Michel.
Boite postale 5, 50440 BEAUMONT HAGUE.
Tél : 02.33.52.72.13

CROSS CORSEN – Manche Ouest
Du Mont Saint Michel à la pointe de Penmarc’h.
Pointe de Corsen, 29229 PLOUARZEL.
Tél : 02.98.89.31.31

CROSS A ETEL – Atlantique
De la pointe de Penmarc’h à la frontière espagnole.
Avenue Louis Bougo, château de la Garenne, 56410 ETEL.
Tél : 02.97.55.35.35

CROSS MED LA GARDE – Méditerranée
Tout le littoral Méditerranéen.
Fort Sainte-Marguerite, 83130 LA GARDE.
Tél : 04.94.61.71.10

Durant la saison estivale SOUS CROSS CORSE
BN Aspretto, BP. 104, 20184 AJACCIO.
Tel: 04 95 20 13 63

Donnez votre avis, ou si vous avez des informations sur le sujet, n’hésitez pas à nous contacter !

 

 

 

 

 

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Article by Stef

Mordu de pêche depuis plus de 35 ans, j'aime partager ma passion, notamment à travers la rédaction d'articles de blog. Nous avons décidé en août 2015 avec Edouard de mettre nos blogs respectifs en commun pour créer Fish à l'Affiche, blog collaboratif sur la pêche. De fil en hameçon, des potes sont venus grossir les rangs des rédacteurs, puis l'idée d'une association est née et grâce à Julien notre "bébé" est né en janvier 2016 : plus de 100 adhérents en 6 mois d'existence et 1200 likes sur la page Facebook ! De quoi nous motiver encore plus pour proposer de nouvelles choses à nos lecteurs et adhérents !