Amateurs de coquillages, gardez la pêche!!


« Malade à crever avec les palourdes de hier soir ! » « Ça fait 10 ans que je pêche ici, je n’ai jamais été malade, et du jour au lendemain, on m’interdit d’y aller car les coquillages sont soit disant contaminés ».

On a tous vécu ça, ou du moins entendu de tels propos dans notre entourage.

Mais pourquoi pouvons-nous être malades en mangeant des coquillages ? Quels sont les risques et comment les éviter ?

 

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Vous avez dit Coquillage ?

 

Avant de commencer, petit rappel de Biologie car le terme coquillage, s’il est synonyme de grand air iodé pour certains, ne fait pas partie du vocabulaire des scientifiques. Les coquillages sont en fait rassemblés sous la bannière des Mollusques.

 

Le monde des Mollusques se divise en trois catégories : les Céphalopodes (calmars, seiches), les Gastéropodes (Ormeau, bigorneaux, patelles,…) et les Bivalves (huîtres, moules, coques, palourdes, Coquille St Jacques, etc).

 

Ce sont ces derniers, les Bivalves, qui nous intéressent, car se sont majoritairement eux qui peuvent nous rendre malade. Mais pourquoi donc ? Parce qu’à la différence des autres, ce sont des organismes dits filtreurs, c’est-à-dire qu’ils filtrent l’eau de mer pour se nourrir.

Et en filtrant, ils peuvent accumuler, sans être infectés, des contaminants qui peuvent gâcher nos fins de repas.

Le petit monde des contaminants

 

Il faut distinguer trois types de contaminants : le phytoplancton, les bactéries & virus, et les polluants chimiques.

 

Le phytoplancton

 

Le phytoplancton est constitué d’une diversité inouïe de micro-algues, qui sont d’une importance fondamentale pour les écosystèmes marins puisqu’ils sont situés à la base des chaînes alimentaires. Certaines espèces peuvent néanmoins s’avérer toxiques pour l’Homme.  Elles portent des noms très poétiques : Pseudo-nitzschia, Alexandrium ou encore Dinophysis.

Elles produisent en effet des toxines, appelées phycotoxines (ça fait toujours bien à placer à l’apéro…) qui résistent à la cuisson et peuvent être très dangereuses.

La contamination associée au phytoplancton provient généralement du large et apparaît au printemps et en été.

On distingue trois types de toxines :

 

  • Les toxines diarrhéiques (ou lipophiles), produites par Dinophysis. Vu leur nom, je vous laisse imaginer ce qu’elles peuvent engendrer…
  • Les toxines paralysantes, produites par Alexandrium. Les symptômes apparaissent quelques minutes après l’ingestion. Ils peuvent être bénins mais parfois aussi très graves, jusqu’à la paralysie respiratoire !
  • Les toxines amnésiantes, produites par Pseudo-niztschia. Les conséquences peuvent là encore être graves puisqu’elles peuvent aller jusqu’à des pertes de mémoire ou des désorientations. Ces symptômes arrivent généralement sous 48h.

 

 

Bactéries et virus : les pollutions microbiologiques

 

Dans une goutte d’eau de mer, on trouve naturellement plusieurs dizaines d’espèces de bactéries (soit quelques milliers d’individus, tout de même), et plusieurs millions de virus. Tout ce petit monde est généralement sans danger et participe au fonctionnement des écosystèmes. Mais parfois, des micro-organismes sont rejetés en mer par les activités humaines et peuvent poser des problèmes sanitaires.

 

Notre système digestif, et celui des animaux que nous élevons, est en effet peuplé de nombreuses bactéries. Certaines espèces peuvent, une fois rejetées dans le milieu naturel, s’avérer toxiques. On parle alors de contamination fécale. Ce sont donc, contrairement au phytoplancton, des contaminations issues des bassins versants.

 

Les contaminations fécales observées en mer peuvent avoir différentes origines :

  • des systèmes d’assainissement collectifs ou non collectifs défectueux
  • des rejets d’eaux pluviales, issues du ruissellement des pluies sur les toits et les voiries. Ces eaux peuvent par exemple être contaminées par des crottes de chiens et polluer ensuite les eaux littorales.
  • Des rejets agricoles : épandage de lisiers, abreuvement des bovins dans les cours d’eau, etc.
  • Des rejets d’eaux noires de plaisanciers
  • …et beaucoup d’autres origines

 

Bref, de nombreux micro-organismes peuvent être rejetés par une grande diversité de sources de pollutions. Dans les coquillages, on trouve ainsi des bactéries qui portent les doux noms d’Escherichia coli, Shigella, Campylobacter, etc. On y trouve aussi des virus comme le virus de l’Hépatite A.

Ces micro-organismes posent généralement des problèmes gastro-intestinaux et vous feront passer des moments peu agréables aux toilettes. Des problèmes plus graves sont aussi possibles.

 

Les polluants chimiques

 

Les coquillages peuvent aussi être contaminés par des polluants chimiques lorsqu’ ‘ils sont situés à proximité des estuaires et des industries. Ces contaminants sont très divers : éléments métalliques, hydrocarbures, pesticides…

Les risques pour la santé humaine se font sur du long terme, avec l’accumulation des polluants dans nos organismes.

 

Comment limiter les risques ?

 

Priorité 1 : s’informer, priorité 2 : s’informer  et priorité 3 : s’informer.

 

De nombreux efforts sont faits par les autorités pour informer le public.

 

Sur les sites de production conchylicole (aquaculture et pêche à pied professionnelle), l’Ifremer réalise des contrôles réguliers du phytoplancton et des contaminations microbiologiques et chimiques.  En complément, sur les sites de pêche à pied non fréquentés par les professionnels, l’Agence Régionale de Santé (ARS) mène d’autres analyses.

 

S’il existe des règles de classement sanitaire pour les professionnels, aucune réglementation n’est aujourd’hui en vigueur pour les amateurs. Cependant, un classement de chaque site de pêche à pied est effectué chaque année par l’ARS, sur  la base des teneurs en bactéries des trois dernières années.

En plus de ce classement annuel qui déconseille ou non la pratique de la pêche à pied, des fermetures temporaires peuvent apparaître pour cause de contamination. Ces fermetures sont souvent liées à des développements soudains de phytoplancton ou à des épisodes de fortes pluies qui charrient de fortes quantités de bactéries vers les eaux côtières.

 

À vous donc, de vous informer du classement annuel de votre coin secret, et de vérifier avant chaque sortie s’il n’y a pas d’interdiction temporaire. Il en va de votre santé et de celle de vos proches !

 

Comment s’informer ?

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En Bretagne, c’est très simple : l’Ifremer et l’ARS ont faits de gros efforts avec la mise en place d’un portail d’information pratique : le site pêche à pied responsable : www.pecheapied-responsable.fr

 

Vous y trouverez l’état de vos sites de pêche et une mise à jour des alertes lorsqu’il y a des interdictions temporaires.

Un site à avoir dans ses favoris ! Vous y trouverez en plus la réglementation départementale concernant les mailles, quotas, périodes de pêche et engins autorisés. Nous n’avons vraiment plus d’excuses !

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Quand les pros ont le droit de pêcher et vous non !

 

Vous avez peut-être déjà vécu cette situation : Des panneaux à l’entrée du site de pêche indiquent une interdiction de pêcher et pourtant…des pêcheurs professionnels sont en pleine récolte.

Halte au scandale, c’est tout à fait normal. Les pros disposent en effet de bassins de purification qui permettent de décontaminer les coquillages en les plongeant quelques dizaines d’heures dans une eau propre. Les coquillages se purifient naturellement et sont ensuite commercialisables.

 

« Jamais malade, j’suis immunisé, moi ! »

 

Et oui, des études ont montré que dans certains cas, les populations littorales pouvaient être immunisées et ne pas être malades quand ils mangent des coquillages infectés de bactéries fécales. Attention, ce n’est pas parce que l’on est un habitué que l’on est nécessairement immunisé !

 

Des pêcheurs locaux pêchant dans une zone contaminée peuvent montrer le mauvais exemple aux gens de passage. Ces derniers peuvent ainsi très bien leur faire confiance, en se disant que si les locaux y vont, pourquoi ne pas y aller ?!? Grave erreur, ils pourraient tomber malade et surcharger inutilement le service des urgences, car ils ne sont pas immunisés ! Attention donc à ne pas montrer le mauvais exemple !

 

Respecter les consignes sanitaires, la réglementation protégeant les espèces et leurs milieux, en voilà un beau geste citoyen !

 

Pour aller plus loin :

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Article by Edouard

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